Évidemment les passionnés de cyclisme s’attendent à un flash-back émotionnel et technologique sur les très riches années de l’épopée céleste de Bianchi. Du nom de ce bleu-vert si particulier qui accompagne la saga des plus grand champions maison depuis les origines.
Du Campionissimo Fausto Coppi au Messie Felice Gimondi. Du Pirate Marco Pantani au Killer Danilo Di Lucca et au Re Leone Mario Cipollini. Et de la Specialissima Strada n° 394957 de Coppi, à celle n° 999431 de Felice, puis à la Mega Pro XL alu de Marco à la FG Lite de Danilo…
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La liste des champions et des vélos pourrait s’étaler sur des centaines de lignes, avec quelques surprises. Se souvient-on par exemple que les Français Anquetil, Darrigade et Geminiani ont couru en Italie pour Bianchi sur recommandation de leur ami Fausto ? N’a-t-on pas oublié que des champions du calibre de Berzin, Bugno, Museeuw ou Absalon se sont illustrés au guidon des chefs-d’œuvres de Treviglio ?

Trève de nostalgie, direz-vous. Après tout, le temps passe et seul compte le présent. Pourquoi pas finalement ? Faisons fi de la nostalgie ambiante dès qu’il s’agit d’évoquer une marque italienne et passons donc au présent. Au presque présent plutôt. Puisque pour soigner la nostalgie les psychologues recommandent de trouver du sens dans le passé tout en se focalisant sur le présent.

Première référence, le retour en grâce technologique et esthétique avec le Specialissima d’il y a une dizaine d’années bientôt. Autant dire et écrire retrouvailles avec la ferveur perdue.
Le Specialissima, alors testé par Alex lors d’un mémorable press camp, représentait et incarnait subitement le come-back glorieux de Bianchi.
Cadre carbone ultra-light (780 grammes) aux lignes largement inspirées de la tradition. Géométrie agressive. Perfection de la fabrication jusque dans les moindres détails. Et naturellement une couleur Céleste revisitée avec goût. Le tout pour un poids à faire frémir l’UCI.


Ce retour aux affaires de Bianchi sera salué unanimement.
Pour un temps. Pour un temps seulement.
Car peu à peu, d’errements stylistiques en approximations technologiques, Bianchi va se faire devancer par une concurrence novatrice et spectaculaire venue non seulement d’outre Atlantique mais aussi et surtout d’Europe, voire même d’Italie.
Design erratique ou décadent, déco kitchissime, montage avec des composants maison hors de propos, technologie pseudo futuriste obsolète dès son avènement, performances en berne comme nous le confierons plusieurs coureurs professionnels de teams différents, stratégie suiviste, perte du Top Team Visma, politique de secret ridicule faisant de l’antique siège de Treviglio un Pentagone décadent, autant d’épisodes et de faits navrants qui ont porté la marque de Coppi aux portes du naufrage existentiel.

Reste l’annonce, en grand pompe, de la résurgence avec l’inauguration d’un siège rénové et l’annonce d’un retour aux sources. Notamment à la fabrication in situ de certains modèles.
Reste aussi cet anniversaire et ces dossiers de presse vantant tout à la fois les 140 années d’existence et la splendeur illusoire d’un présent décomposé.
Hélas.


Le modèle Oltre (au-delà en français) censé incarner le renouveau et la performance se perd dans des formes sinusoïdales baroques et des innovations interdites immédiatement par l’UCI. Le tout avec une efficacité déficiente et une fiabilité qui pose question.
Pathétique.

Du côté de Bergame, fief de Gimondi, on pleure et on déplore. La propre fille de Felice, l’avocate et animatrice de la fédération italienne Norma, utilise désormais un Pinarello.
Du côté de Novi-Ligure, fief de Coppi, on s’abreuve de regrets éternels. Et Faustino utilise un Canyon.
Vous avez dit naufrage ?




