Ce dimanche 29 septembre 2024, Tadej Pogacar a parachevé par un mémorable exploit son incroyable saison. Une saison de feu et de gloire marquée par le mythique triplé Giro-Tour-Mondial. Comme seuls avant lui, Stephen Roche en 1987 et surtout Eddy Merckx en 1974.
Au bout du bout d’une échappée « stupide » de 104 kilomètres, le poulain d’Ernesto Colnago est entré de plein pied dans la légende du cyclisme. Suscitant chez le Roi Eddy des paroles définitives relayées par nos confrères de l’Équipe : « j’ai assisté à un événement incroyable dans l’histoire du cyclisme. Je le pensais déjà un peu au fond de moi-même quand j’avais vu ce qu’il avait fait sur le dernier Tour de France. Mais ce soir il n’y a plus de doute. C’est évident que Pogacar est maintenant au-dessus de moi. »Détenteur du plus gros palmarès de l’histoire du cyclisme, considéré jusqu’alors comme le plus grand de tous, menacé seulement par la gloire infinie du Campionissimo Fausto Coppi, Eddy Merckx sait ce que l’exploit du jour réalisé par le prodige slovène signifie. Et sa grave déclaration, même faite sous le sceau de l’émotion, représente un choc culturel pour tous les passionnés de cyclisme.

Dominateur sur les routes escarpées de son premier Tour d’Italie, dominateur encore sur les sentiers de la gloire du Tour de France où il signe un historique triplé, dominateur encore et encore sur le parcours rugueux d’un Mondial d’anthologie, Tadej Pogacar est à jamais un Champion absolu. Capable de triompher dans toutes les conditions et dans toutes les épreuves d’un calendrier pléthorique.
Des pistes mirifiques des Strade Bianche jusqu’aux raidards mortifères de Montréal, il s’est offert avec le panache et l’inconscience de sa toute jeunesse une vingtaine de victoires toutes plus exceptionnelles les unes que les autres. Et ce face à des stars du calibre de Remco Evenepoel, Mathieu Van der Poel ou Jonas Vingegaard.
Cela en fait-il pour autant le plus grand des plus grands de l’histoire du sport cycliste ? Une question qui appelle plusieurs éléments de réponse avec en ligne de mire les exploits légendaires réalisés par Fausto Coppi, Jacques Anquetil, Eddy Merckx et Bernard Hinault. Tous vainqueurs des trois grands tours. Tous considérés comme d’incomparables héros.

D’abord Coppi et son échappée folle lors de l’étape Cuneo-Pinerolo lors du Giro 1949. Une échappée solitaire de 192 kilomètres par-dessus les cols de la madeleine, Vars, Izoard et Montgenèvre avec à l’arrivée un écart de 11 minutes 52 sur son second, rien moins que Gino Bartali. Au soir de cet exploit, le journaliste radio Mario Ferretti inventera la célèbre formule « Un uomo solo al comando, la sua maglia è biancoceleste, il suo nome è Fausto Coppi ».
À l’arrivée le Campionissimo dira que son échappée était une folie stupide. Comme l’a déclaré aussi Pogacar à l’issue de son Mondial.
Jacques Anquetil ensuite. Et son Grand Prix des Nations victorieux à tout juste 19 ans à l’automne 1953. Officieux Championnat du Monde du contre la montre, le Grand Prix des Nations est alors une épreuve phare du calendrier international. Une épreuve où se sont déjà illustrés Fausto Coppi , Hugo Koblet et Louison Bobet. Remarqué par Francis Pélissier, patron de l’équipe La Perle, le jeune Normand s’impose à l’issue des 140 kilomètres (oui 140 kilomètres !) qu’il va parcourir avec un style qui va devenir sa marque d’artiste du cyclisme. Maitre Jacques s’imposera à 9 reprises dans son épreuve fétiche. La dernière fois en 1966 face à deux jeunes champions ayant pour noms Felice Gimondi et Eddy Merckx.

Eddy Merckx signe son premier grand exploit, le premier d’une longue série, le 15 juillet 1969 lors de la 17èmeétape du Tour de France. Entre Luchon et Mourenx ville nouvelle, le jeune leader de l’équipe Faema va réaliser une échappée solitaire de 140 kilomètres avec les cols de Tourmalet, du Soulor et de l’Aubisque à gravir avant l’arrivée à Mourenx. Son second, l’italien Michele Dancelli, franchira la ligne avec 7 minutes 56 de retard.

Bernard Hinault enfin, qui s’inscrit dans la légende après sa victoire dans Liège-Bastogne-Liège en 1980. Victoire dans la tempête de neige à l’issue de 80 kilomètres d’échappée solitaire. Le second, Hennie Kuiper passera la ligne avec 9 minutes 24 de retard. Pour le Breton, l’exploit sera synonyme de souffrance et de défi. La souffrance effroyable. Le défi total d’un athlète destiné à marquer son époque.
À la lumière de ces exploits, tous mémorables, la réflexion d’Eddy Merckx considérant désormais Pogacar comme le plus grand, ne peux qu’interpeller.



