Photos Pauline Ballet pour Team Decathlon CMA-CGM

Seixas et le Tour, et si c’était lui le successeur d’Hinault ?

Radicalement jeune, protagoniste d’un vrai thriller sportif, le jeune prodige Paul Seixas ne se contente plus de figurer au premier plan du peloton. Depuis ses exploits dans les redoutables classiques ardennaises, il apparaît comme le possible et crédible adversaire du Campionissimo Tadej Pogacar. De quoi imaginer sa présence sur les routes du prochain Tour de France ? S’interroger sur la pertinence de lancer ce gamin de 19 ans dans la première course mondiale, voilà ce que nous avons fait avec Cyrille Guimard, Richard Virenque et naturellement avec Bernard Hinault lui-même.

Par Salvatore Lombardo

Dans la roue de Tadej Pogacar, le spectacle offert par Paul Seixas lors de l’ascension de la terrifiante Redoute va demeurer longtemps dans la mémoire de Liège Bastogne Liège. Redonnant à la Doyenne sa dimension de juge de guerre entre les champions écrivant l’histoire du cyclisme.
Se déhanchant au point de torturer son vélo, dépassant allègrement le cap de l’ultra douleur, attaché-collé aux basques du Champion du Monde, il va survivre seul à la phénoménale poussée en avant du guerrier slovène. Et s’il va céder enfin dans l’ultime rampe de la Roche aux Faucons, à une encablure de Liège, il ne va le faire qu’avec panache. Ne relachant jamais son effort au point d’impressionner le peu impressionnable numéro Un mondial qui l’accueillera avec une accolade respectueuse.
Il faut dire que depuis sa magistrale victoire sur le mur de Huy lors de la Flêche Wallonne, le « Gone » du team Decathlon CMA CGM est devenu l’attraction du cyclisme international. Avec une dimension médiatique rarement atteinte par un cycliste. Prenant à tout juste 19 ans, il ne fêtera ses 20 que le 24 septembre, le rôle de star mondiale du sport. De quoi susciter l’admiration et l’irrationnel au point de l’envoyer déjà engager la bataille des batailles sur les routes estivales du Tour de France.

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Paul Seixas

CYRILLE GUIMARD : « ON NE PERD PAS DE TEMPS À ÊTRE PATIENT »

Celui qui fut le directeur sportif de Bernard Hinault et Laurent Fignon, ce Guimard considéré depuis toujours comme l’un des meilleurs connaisseurs du cyclisme moderne, le « Druide » en personne, avoue être effrayé par la pression mise sur Seixas.
« Ce gamin de 19 ans est un prodige. Impossible d’en douter. Il est de la trempe des Anquetil, lui aussi vainqueur à 19 ans d’un Grand Prix des Nations d’anthologie disputé sur 140 kilomètres contre la montre. C’était alors l’officieux mondial du chrono. Juste après il partira faire son service militaire. Comme Hinault un peu plus tard. Seixas a la chance de ne pas avoir à perdre un an sous l’uniforme. Mais j’ai peur qu’il ne soit quelque part obligé médiatiquement à faire déjà le Tour face non seulement à Pogacar mais aussi à Vingegaard, qui revient très fort, et à Remco. Le poids du public qui attend un successeur à Hinault depuis plus de 40 ans, le poids des sponsors, le poids de l’organisation du Tour aussi, qui aimerait renforcer le spectacle, ça fait beaucoup. Et à ceux, ignorants de l’histoire, qui oublient qu’un vrai grand champion se doit de gagner toujours le Tour à sa première participation, voir Hinault justement, mais aussi Anquetil, Gimondi, Fignon, je réponds que briser la carrière d’un diamant pur comme Paul Seixas serait une faute grave. Se faire détruire sur son premier Tour pourrait hypothéquer toute sa carrière. »

RICHARD VIRENQUE : « PAUL DOIT ALLER SUR LE TOUR »

Le septuple maillot à pois de meilleur grimpeur du Tour de France, n’hésite pas. Pour lui Seixas peut et doit aller sur le Tour dès cette année. Se confronter aux meilleurs, Pogacar en tête, et surtout défier des sommets qui n’ont rien de comparable avec les bosses, si redoutables soient-elles, des ardennaises. Le risque ? Quel risque ? Celui de devenir lui aussi l’idole de la foule française ! Un bonheur incommensurable.
« C’est vrai, on va attendre beaucoup de Paul s’il se lance dans le grand bain du Tour de France dès cette année. Mais s’il y va pour voir et faire ce qu’il fait de mieux, attaquer, je le vois faire le bonheur du public. Inutile de prétendre battre Pogacar pour cela. D’ailleurs qui peut battre Pogy ? Personne aujourd’hui ! C’est un extra-terrestre. Mais Paul peut viser autre chose. Par exemple faire que j’ai fait moi, et prendre le maillot jaune à l’issue d’une échappée lors de son premier Tour. Ou gagner une belle étape de montagne. Et pourquoi pas se lancer à la conquête du maillot à pois. Il prendrait date ainsi. Je ne comprends pas que l’on puisse hésiter. Le Tour de France c’est le rêve absolu de tout jeune coureur. Un graal incomparable. Aucune autre course au Monde ne peut donner autant de plaisir et de gloire. C’est ça le cyclisme. Le plaisir. La Gloire. La souffrance aussi. Tout le cyclisme en une course. Y figurer, qui plus est comme leader d’une belle équipe comme Décathlon CMA CGM, c’est une chance inouïe et un honneur. Le public sera fou. Ce public m’a toujours soutenu, encouragé, porté littéralement vers le dépassement et le succès. Connaître toutes ces émotions à 19 ans, un privilège que Paul ne peut ignorer. »

BERNARD HINAULT : « LE GIRO OU LA VUELTA PLUTOT QUE LE TOUR. »

Dernier français à avoir gagné le Tour, c’était il y a 41 ans, Bernard Hinault voit bien Paul Seixas lui succéder. Mais pas maintenant. Le Tour à 19 ans c’est bien trop tôt pour le « Blaireau ». Pour celui qui compte 10 grands tours à son palmarès, vouloir faire bruler toutes les étapes au jeune prodige français serait non seulement une erreur mais aussi un préjudice pour la carrière d’un athlète encore en pleine construction physique et psychique.
« Vouloir à tout prix lancer Seixas sur le Tour de France, lui faire affronter des adversaires de la stature de Pogacar ou Vingegaard, sans parler de Remco, ce serait tout simplement absurde. N’importe quoi. Il faut que son team oublie ses intérêts médiatiques et financiers et pense d’abord à le préserver. Et s’il doit disputer déjà un grand tour de trois semaines, que ce soit plutôt le Giro ou la Vuelta. La bataille y sera moins rude et la pression acceptable. Le Tour c’est autre chose. Une véritable guerre totale où tout pourrait concourir à détruire un jeune de 19 ans en pleine construction personnelle.
J’apprécie trop Seixas, en qui je me retrouve un peu, pour ne pas dire ce que je pense de l’idée folle de le lancer déjà sur le Tour. Alors je dis et je redis que son équipe, surtout si elle veut le conserver dans son effectif l’an prochain, doit avant tout le préserver, lui permettre de se construire. Mais bon, j’ai côtoyé Paul l’an dernier lors du Tour de l’Avenir, et je connais son caractère. J’ai confiance. Il saura résister aux pressions qui le projettent trop vite sur le Tour face à Pogacar et aux autres monstres du peloton. Attendre encore un peu et se donner de l’expérience sur des courses de trois semaines ailleurs que sur le Tour, c’est tout ce que je lui souhaite. Le Tour du Pays Basque c’est sympa. Mais ça n’a rien à voir avec le Giro, par exemple. Et alors le Tour de France ! »

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