TITANE D'UN NOUVEAU MONDE
On pensait connaître le vélo en titane. Des tubes généralement fins et ronds, une esthétique assez classique, une certaine idée de l’artisanat et surtout cette réputation de confort et de longévité qui en fait depuis longtemps le matériau privilégié de nombreux amateurs de belles machines. Le Chiru Aerix vient mettre un grand coup de pied dans tout cela.
Il suffit d’ailleurs de le regarder pour comprendre qu’il ne s’agit pas d’un vélo en titane comme les autres. Douille de direction massive et profilée, tube diagonal en forme de D tronqué, haubans et bases ovalisés, tube de selle au dessin particulièrement travaillé et surtout plusieurs pièces réalisées grâce à l’impression 3D : l’Aerix applique au titane une philosophie jusqu’ici largement réservée aux cadres carbone.
Nous avions déjà pu le découvrir dans le cadre des Top Vélo Awards 2026-2027. Au milieu d’une sélection regroupant quelques-unes des machines les plus prestigieuses du moment, l’Aerix avait immédiatement attiré l’attention par son dessin et par sa conception. Il avait d’ailleurs reçu un Prix spécial du jury, preuve qu’il ne nous avait pas laissés indifférents.
Une fois l’effet « waouh » passé, encore fallait-il savoir si cette débauche de technologie avait véritablement un intérêt sur la route. Car derrière son allure spectaculaire, Chiru présente l’Aerix comme un vrai vélo de course, destiné à rouler vite sans pour autant adopter l’exigence parfois excessive des machines aérodynamiques les plus radicales. Un programme alléchant !
Mon regard, le titane comme on ne l'avait jamais vu !
Je dois bien avouer avoir un faible pour les vélos qui sortent de l’ordinaire. Et en matière d’originalité, difficile de reprocher quoi que ce soit au Chiru Aerix.
Dès sa découverte lors des Top Vélo Awards, le vélo m’avait interpellé. Non pas simplement parce qu’il est fabriqué en titane, mais surtout parce qu’il donne l’impression que Chiru s’est volontairement interdit de reprendre les codes traditionnels liés à ce matériau.
De loin, aucun doute : la finition brossée et la couleur naturelle du métal rappellent immédiatement que l’on a affaire à du titane. Mais en s’approchant, tout devient beaucoup moins classique.
La douille de direction est particulièrement impressionnante. Le tube diagonal est large, le tube de selle adopte un dessin complexe et la jonction supérieure réalisée par impression 3D donne presque l’impression d’avoir été sculptée. Même remarque au niveau de la partie supérieure de la tige de selle intégrée.
Il y a quelque chose de très industriel et en même temps de presque artisanal dans cet Aerix.
La finition est superbe. Le titane brossé joue avec la lumière sans tomber dans le spectaculaire et les logos gravés restent suffisamment discrets pour laisser parler les lignes du vélo. J’aime également le contraste entre le cadre métallique et les composants carbone.
Ajoutez les magnifiques Bora Ultra WTO 45 et le poste de pilotage Darimo et vous obtenez une machine à la personnalité réellement unique. L’Aerix fait partie de ces vélos autour desquels on tourne avant même de penser à monter dessus. Et c’est déjà beaucoup.
LE CHIRU AERIX, TECHNIQUEMENT
Le véritable intérêt de l’Aerix se trouve évidemment dans sa construction.
Chiru combine ici deux alliages de titane. Les tubes principaux sont réalisés en titane Grade 9 3Al/2.5V alors que les pièces produites par impression 3D utilisent du Grade 5 6Al/4V. Cette technique de fabrication additive permet surtout de créer des formes particulièrement complexes qu’il serait difficile, voire impossible, d’obtenir avec une fabrication traditionnelle.
C’est notamment le cas de la douille de direction ou du raccord particulièrement travaillé situé au niveau du tube de selle.
Le principe n’est donc pas d’utiliser l’impression 3D uniquement pour faire joli. Elle permet surtout à Chiru de travailler la rigidité et les formes aérodynamiques de certaines zones du cadre tout en conservant une fabrication traditionnelle pour les tubes.
Et c’est justement toute l’originalité de cet Aerix.
Le tube diagonal possède une section en D tronqué, une solution désormais largement utilisée sur les vélos carbone modernes. Les bases et les haubans adoptent également des profils ovalisés alors que le tube de selle utilise une construction beaucoup plus complexe destinée à favoriser à la fois la rigidité, le confort et l’écoulement de l’air autour de la roue arrière.
Chiru Titane
- Ajoutez le son ici
Campagnolo SUPER RECORD 13 1X
Campagnolo Bora Ultra 45 WTO
Michelin Power Cup 28
Darimo Nexum Drag
Björn Kort
7,6 kg (sans pédales)
4365 € (kit cadre)
La fourche ENVE s’intègre à une imposante douille de direction de 56 mm et permet évidemment une intégration complète des durites de frein.
Le cadre accepte des pneumatiques jusqu’à 32 mm alors que la fourche ENVE autorise elle-même une section maximale de 34 mm.
L’Aerix est exclusivement destiné aux transmissions électroniques. Shimano Dura-Ace ou Ultegra Di2, SRAM AXS ou Campagnolo Super Record peuvent être utilisés, en mono ou double plateau selon les configurations.
Autre choix que j’apprécie particulièrement : le boîtier de pédalier est au standard T47 de 85,5 mm. À une époque où certaines marques utilisent toujours des standards parfois compliqués, le choix d’un boîtier vissé est plutôt rassurant en matière d’entretien et de longévité.
À l’arrière, on retrouve une patte de dérailleur UDH et un axe traversant de 142 x 12 mm.
La géométrie est résolument sportive. En taille M, le reach atteint 393 mm pour un stack de 552 mm. Les bases mesurent seulement 410 mm et l’empattement reste contenu à 994 mm.
Autrement dit, malgré le matériau utilisé et l’histoire de Chiru dans l’ultra-distance, l’Aerix est bien un vélo de course.
UN ÉQUIPEMENT À LA HAUTEUR DES ATTENTES
Difficile d’imaginer monter un cadre aussi exclusif avec des composants ordinaires. Chiru ne s’est d’ailleurs pas posé la question puisque notre Aerix est équipé de ce qui se fait de mieux actuellement.
Le groupe Campagnolo Super Record 13 trouve parfaitement sa place sur cette machine.
Notre montage adopte une transmission monoplateau avec un plateau de 48 dents associé à une cassette 9-42. Un choix qui peut surprendre sur un vélo de route mais qui offre ici une amplitude particulièrement importante tout en supprimant le dérailleur avant.
Esthétiquement, difficile également de trouver beaucoup mieux.
Les roues Campagnolo Bora Ultra WTO 45 sont absolument superbes et donnent à l’Aerix une vraie allure de vélo aérodynamique. Leur profil de 45 mm paraît naturel sur ce cadre aux tubes largement dimensionnés.
Les pneus Michelin Power Cup en 28mm complètent parfaitement le montage. Leur carcasse particulièrement souple apporte du grip mais participe aussi largement au confort général du vélo.
On retrouve enfin un ensemble cintre-potence Darimo Nexum Drag particulièrement léger et parfaitement intégré. L’ensemble est cohérent, spectaculaire et finalement assez logique.
LE CHIRU AERIX SUR LA ROUTE
J’étais évidemment particulièrement curieux de découvrir ce que pouvait donner un vélo aérodynamique construit en titane.
Car sur le papier, si l’idée peut presque paraître contradictoire c’est aussi souvent le cas une fois sur le vélo.
D’un côté, on retrouve un matériau généralement apprécié pour sa souplesse, son confort et son toucher de route. De l’autre, une géométrie sportive, des tubes aérodynamiques et une conception clairement tournée vers la performance.
Mais dès les premiers kilomètres, le mélange fonctionne.
L’Aerix possède tout d’abord cette qualité de filtration que l’on attend d’un bon cadre en titane. Les vibrations sont atténuées et le vélo reste particulièrement agréable lorsque le revêtement se dégrade.
Et contrairement à certains vélos en titane traditionnels, on ne ressent absolument pas de manque de rigidité lorsqu’on accélère.
Le boîtier de pédalier est suffisamment rigide pour encaisser de fortes accélérations et le triangle arrière répond parfaitement aux sollicitations.
En revanche, l’Aerix ne possède pas ce côté ultra sec de certains cadres carbone aérodynamiques, et c’est une excellente chose.
La puissance passe, mais le vélo continue à vivre.
On retrouve une vraie sensation de contact avec la route, sans pour autant subir toutes ses imperfections. L’Aerix filtre énormément les petites vibrations mais conserve suffisamment d’informations pour garder une lecture de la route.
Le vélo est également beaucoup plus vif que ce que son poids ou son matériau pourraient laisser imaginer.
Les bases courtes apportent une certaine nervosité (de comportement) et permettent de relancer franchement à la sortie des virages. Le poste de pilotage et l’imposante douille de direction donnent également beaucoup de précision à l’avant.
Sur le plat, c’est probablement là que l’Aerix donne le meilleur de lui-même.
À partir du moment où la vitesse augmente, le vélo devient particulièrement agréable à emmener. Les roues Bora 45 WTO jouent évidemment un rôle énorme dans cette sensation, mais l’ensemble garde facilement son allure et donne envie de descendre les vitesses.
Au-dessus de 30 ou 35 km/h, le vélo est clairement dans son élément.
Son terrain de prédilection se trouve sur les parcours roulants et vallonnés, les longues journées rapides et les routes où il faut conserver une forte allure pendant plusieurs heures.
C’est là que le confort du titane prend tout son sens.
Après plusieurs heures, le vélo continue de filtrer correctement les vibrations et ne donne pas cette sensation d’épuisement parfois provoquée par certains cadres carbone toujours excessivement rigides.
Le contraste avec son style est assez étonnant. On regarde l’Aerix et on s’attend à un vélo brutal : il ne l’est absolument pas.
Rapide oui. Rigide lorsque cela est nécessaire mais toujours utilisable et relativement facile. Une merveille !
LE TITANE DE L'AN 2030
Le Chiru Aerix est certainement l’un des vélos en titane les plus originaux que j’ai eu eu l’occasion d’essayer.
Mais son principal mérite est finalement ailleurs.
Car derrière sa spectaculaire fabrication et ses pièces imprimées en 3D se cache surtout un excellent vélo : Chiru démontre que le titane ne doit plus obligatoirement être associé aux vélos aux tubes ronds, à l’ultra-distance ou aux machines artisanales au style volontairement classique.
L’Aerix est moderne, rapide, suffisamment rigide et extrêmement agréable sur les longues distances.
Il ne remplacera pas un vélo carbone de 6 kg pour celui qui cherche exclusivement la légèreté et la performance en montagne. Il n’a d’ailleurs aucune raison de vouloir le faire.
Sa proposition est différente.
Le poids est supérieur, mais le confort l’est également. La sensation sur la route est différente et surtout le vélo possède quelque chose que beaucoup de machines modernes ont parfois perdu : du caractère.

